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Ligue des nations 2026 : Un vent de fraicheur sur les banc d'Europe
Xavi aux Pays-Bas, Jurgen Klopp en Allemagne, Mark Van Bomel en Belgique ou encore Zinedine Zidane pour l'équipe de France. Cette Ligue des nations 2026 est celle de la nouveauté, mais surtout des curiosités. S'il est évident qu'on a tous hâte de voir les débuts en bleus de Zidane en tant que sélectionneur, il faudra aussi lui laisser du temps, à lui comme aux autres nouveaux sélectionneurs nommés dans le football européen.

C’est désormais la principale attraction du football français. Zizou, légende vivante devenue sélectionneur des Bleus, suffit à lui seul à réveiller tous les fantasmes, chez ceux qui suivent l’équipe de France depuis toujours comme chez ceux qui s’en étaient progressivement éloignés.
Comme si la nomination de l’ancien entraîneur du Real Madrid avait soudain réconcilié les plus réticents avec une sélection qui sort pourtant d’une Coupe du monde conforme aux objectifs fixés par la Fédération française de football.
Didier Deschamps avait même réussi, avant le tournoi américain, à intriguer ceux qui pensaient avoir tout vu de ses Bleus. Sa liste avait surpris, son discours avait évolué et l’équipe de France avait tenté de proposer un football plus offensif, plus ambitieux dans l’utilisation du ballon. Cela n’aura pourtant pas suffi. Les Bleus se sont arrêtés en demi-finales sans réellement laisser l’impression d’avoir saisi leur chance, avant de terminer quatrièmes après une petite finale complètement folle perdue face à l’Angleterre (6-4). Pas un échec total.
Mais pas davantage cette dernière grande image capable de refermer proprement l’ère Deschamps. Alors Zidane arrive avec tout ce que son nom transporte : le Real Madrid, les Ligues des champions, une autorité naturelle et cette impression, presque automatique, que quelque chose va forcément changer. Mais quoi ? Parce qu’au-delà de l’émotion suscitée par son retour en bleu, une question demeure : Zinédine Zidane va-t-il réellement révolutionner le jeu de l’équipe de France ? Ou découvrira-t-on simplement qu’un sélectionneur, même lorsqu’il s’appelle Zidane, reste prisonnier des mêmes contraintes : peu de temps d’entraînement, un réservoir immense à hiérarchiser et l’obligation de gagner avant celle de séduire ? Le nom a changé. Reste désormais à savoir si le football changera avec lui.
L'Europe du football aussi se prépare
Slot avait été contacté mais avait refusé le poste. Il y a quelque chose d’assez ironique à voir les Pays-Bas aller chercher Xavi Hernández pour retrouver leur football.
Parce que si l’Espagnol a passé sa vie à parler de ballon, d’espaces, de largeur et de possession, une grande partie de ce qu’il est devenu vient justement de ceux qui ont traversé la frontière dans l’autre sens. Cruyff, Van Gaal, Rijkaard : Barcelone a longtemps regardé vers les Pays-Bas pour apprendre à penser le football. Quelques décennies plus tard, les Oranjes viennent donc récupérer l’un des enfants de cette école. La boucle est presque trop parfaite.
Xavi ne va pas révolutionner les Pays-Bas avec un 4-3-3 que le pays connaît depuis toujours. Ce qu’il veut changer, c’est autre chose : remettre le ballon au centre de tout. Pas le garder pour faire joli sur une feuille de statistiques, mais l’utiliser pour enfermer l’adversaire, jouer plus haut et récupérer immédiatement après l’avoir perdu. Et quand Xavi dit que « la possession est une obsession », on comprend assez vite ce que la fédération néerlandaise de football est venue chercher. Seulement voilà, entre vouloir jouer comme le Barça et pouvoir le faire, il existe parfois quelques milliers de passes. Parce qu’à Barcelone, Xavi pouvait compter sur des joueurs capables de rester collés à une ligne avant d’éliminer leur défenseur. Avec les Pays-Bas, ce luxe n’est pas garanti. Les Oranjes possèdent des milieux, des joueurs capables de comprendre les espaces, de connecter les lignes, mais beaucoup moins cette abondance d’ailiers capables de prendre un ballon arrêté et de transformer une situation banale en défense désorganisée.
Et c’est peut-être là que son premier problème va commencer.
On peut avoir le ballon pendant soixante-dix minutes. Encore faut-il savoir quoi en faire pendant les vingt mètres qui comptent vraiment.

VAN BOMMEL, OU COMMENT REMETTRE DE L’ORDRE DANS LE TALENT BELGE
La Belgique a longtemps eu un problème assez étrange : posséder énormément de très bons joueurs sans toujours donner l’impression d’avoir une équipe à la hauteur de leur addition. Kevin De Bruyne, Romelu Lukaku, Thibaut Courtois, Youri Tielemans et toute une génération capable de monopoliser le ballon ont souvent offert davantage de noms que de certitudes collectives. Alors quand la Fédération belge choisit Mark van Bommel, la nomination peut surprendre. En réalité, elle est peut-être beaucoup plus logique qu’elle n’en a l’air.
Parce que Van Bommel ne vient pas vendre une révolution. Il vient mettre de l’ordre. L’ancien milieu néerlandais connaît déjà le pays, le championnat et ce que représente la pression belge. Avec Antwerp, il a remporté le doublé Coupe-Championnat et surtout montré qu’il pouvait construire une équipe reconnaissable, agressive, capable de jouer haut sans forcément tomber dans l’idéologie permanente. Il veut trois milieux, beaucoup de mouvement et une équipe capable de changer de hauteur sans changer complètement de structure. Rien de révolutionnaire sur une feuille de match. Mais là encore, le dessin importe moins que ce que l’on met dedans. À Antwerp, son équipe voulait défendre en avançant, récupérer rapidement et laisser le moins de temps possible à l’adversaire pour respirer.
Avec la Belgique, il veut retrouver cette sensation. Et Kevin De Bruyne pourrait devenir l’un des symboles du projet. Van Bommel ne le voit pas uniquement comme un numéro 10 que l’on doit protéger jusqu’aux trente derniers mètres. Il peut jouer 8, descendre plus bas, parfois même organiser depuis une position de 6. Une manière aussi de rappeler que le meilleur joueur de cette équipe peut encore être central sans que tout le système repose uniquement sur lui. Parce que c’est aussi le problème belge depuis plusieurs années : comment préparer l’après sans donner l’impression de jeter ceux qui sont encore là ?
C’est moins spectaculaire qu’une révolution. Mais probablement plus intelligent. La Belgique n’a pas forcément besoin de tout casser. Elle a surtout besoin que les joueurs recommencent à savoir exactement ce qu’ils doivent faire ensemble. Et c’est peut-être là que Van Bommel peut apporter le plus. Pas en inventant un football que la Belgique n’aurait jamais vu. Mais en redonnant une hiérarchie aux choses : le ballon, les distances, le pressing, le collectif, puis les individualités. Reste une question. Van Bommel demande énormément physiquement. Son football repose sur l’agressivité, la récupération haute et la capacité à recommencer les efforts.
Or certains cadres vieillissent et une sélection nationale n’offre jamais suffisamment de temps pour automatiser parfaitement ce genre de mécanismes. Il va donc devoir faire ce qu’il n’a pas toujours réussi partout : simplifier sans appauvrir. Ses passages au PSV ou à Wolfsburg n’avaient pas laissé la même trace que son aventure belge. Son CV d’entraîneur reste encore moins impressionnant que celui du joueur qu’il fut. Mais c’est peut-être justement pour cela que son arrivée en Belgique a du sens. La Belgique n’avait pas besoin de l’entraîneur au plus gros CV. Elle avait besoin de celui capable de donner une forme à tout ce talent.

KLOPP, OU QUAND L’ALLEMAGNE VEUT PLUS QU’UN SÉLECTIONNEUR
L’Allemagne n’est pas seulement allée chercher Jürgen Klopp pour gagner des matches, elle est allée chercher quelqu’un capable de remettre toute une sélection en mouvement. Depuis plusieurs années, la Mannschaft donne parfois l’impression d’avoir perdu davantage qu’une génération : elle a perdu une forme d’évidence, celle d’un football identifiable, d’une équipe capable d’imposer son rythme et surtout d’un pays convaincu que sa sélection représentait encore quelque chose de plus grand que onze joueurs.
Klopp arrive donc avec une mission qui dépasse largement le tableau noir. Il parle intensité, contre-pressing, organisation stable, développement des jeunes, scouting, relations avec les clubs. Son projet n’est plus celui du Klopp caricaturé qui demanderait simplement à tout le monde de courir jusqu’à épuisement : le chaos reste là, mais il doit désormais être organisé. C’est peut-être le changement le plus intéressant. Klopp veut une Allemagne agressive à la perte, capable de reprendre immédiatement le ballon, mais surtout suffisamment structurée pour ne pas transformer chaque récupération en partie de ping-pong. Et il regarde partout. Une cinquantaine de joueurs suivis, une première liste extrêmement large, des visites dans les clubs, des échanges avec les entraîneurs : Klopp ne veut pas seulement sélectionner les meilleurs noms du moment, il veut agrandir le territoire de la Mannschaft. C’est aussi là que son arrivée peut changer quelque chose de profond.
Pendant longtemps, l’Allemagne a donné l’impression que certaines portes de la sélection étaient déjà presque fermées ; Klopp veut les rouvrir, y compris pour des joueurs venant de clubs moins exposés. Son autre avantage est connu : il sait embarquer les gens. À Dortmund comme à Liverpool, il n’a jamais seulement construit des équipes, il a construit une adhésion autour d’elles. Et pour une sélection allemande qui cherche encore à retrouver une connexion forte avec son public, ce pouvoir-là compte presque autant que le système utilisé. Mais c’est aussi son piège. Plus le nom Klopp provoque de l’enthousiasme avant même le premier grand rendez-vous, plus le moindre résultat moyen paraîtra petit.
Parce qu’il ne pourra pas tout réparer seul. Il ne fabriquera pas les profils que la formation allemande ne produit plus suffisamment, pas plus qu’il ne transformera en quelques rassemblements les problèmes structurels du football national. Klopp peut remettre de l’énergie, des idées et de la concurrence. Il ne peut pas reconstruire tout le football allemand en trois fenêtres internationales. L’Allemagne n’a pas seulement engagé un entraîneur. Elle a engagé quelqu’un à qui elle demande presque de lui rappeler qui elle est.
Roberto Mancini et l’Italie : refaire 2018 sans tenter de refaire 2021
Le retour de Roberto Mancini en Italie pourrait ressembler à une opération nostalgie, mais ce serait justement la pire manière de raconter son retour. Mancini ne revient pas pour refaire Wembley, il revient pour refaire 2018 : repartir presque de zéro, élargir le vivier et redonner une identité à une Nazionale qui en manque cruellement. Sa première liste en donne déjà le ton avec 34 joueurs et neuf nouveaux visages. Mancini veut voir large, vite, et surtout savoir qui peut porter l’Italie sur les quatre prochaines années. Son avantage sur les autres nouveaux sélectionneurs est immense : lui sait déjà comment gagner avec cette institution. Mais son handicap l’est presque tout autant, car une partie du pays n’a toujours pas digéré son départ de 2023. Et Mancini le sait. Il ne demande d’ailleurs pas qu’on oublie : si certains supporters se sont sentis trahis, leur colère est compréhensible.
À lui désormais de regagner ce qu’il a perdu. Sur le terrain, il ne semble pas vouloir s’enfermer dans un système. 4-3-3, deux attaquants, peu importe finalement. Le mot qui revient est ailleurs : dominer. L’Italie ne doit plus seulement savoir souffrir, elle doit recommencer à imposer son match, prendre le ballon et donner aux jeunes suffisamment de liberté pour ne pas jouer avec le poids du maillot avant même d’avoir appris à le porter. Les anciens, eux, serviront autant à jouer qu’à accompagner cette transition. C’est peut-être là tout le défi du Mancini bis : utiliser l’expérience de 2021 sans essayer de ressusciter l’équipe de 2021. Parce que son titre européen peut rapidement devenir son plus beau souvenir comme son pire piège. Pour réussir son retour, Mancini devra moins regarder ce qu’il a déjà construit que comprendre ce qu’il faut désormais reconstruire.
Une liste n’est qu’une suite de noms cochés sur du papier. Le plus difficile, c’est de convaincre des millions de sélectionneurs et toute une presse que sa vision du football peut gagner.
TomsoFoot
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