Premier League · Analyse
PALACE AVAIT DES IDÉES, CHERKI AVAIT LE GÉNIE
Manchester City s’est largement imposé sur la pelouse de Crystal Palace (1-4), vendredi soir. Un score sévère pour les Eagles de Pierre Sage, qui ont essayé de jouer et se sont procuré plusieurs situations, mais ont payé leur manque d’efficacité. À l’autre bout du terrain, Rayan Cherki a transformé la rencontre en démonstration personnelle avec un doublé inscrit en cinq minutes.

Il y a des 4-1 qui ne laissent aucune discussion et d’autres qui finissent par effacer une partie de l’histoire du match. Celui infligé par Manchester City à Crystal Palace appartient un peu aux deux catégories. Les Eagles n’ont pas passé leur soirée à attendre que l’orage passe. Pierre Sage avait installé son équipe dans un 3-4-2-1 avec l’idée de conserver suffisamment de joueurs haut pour attaquer City lorsqu’une possibilité apparaissait. Wharton et Kamada formaient le cœur du milieu, tandis que Nketiah et Yéremy Pino évoluaient autour de Strand Larsen. Seulement, contre City, une bonne idée n’a parfois besoin que de quelques secondes pour devenir une mauvaise situation. Haaland a ouvert le score dès la 17e minute. Palace a continué à tenter, à courir, à chercher des espaces, mais sans convertir ses meilleures séquences. Et lorsque Manchester City a décidé d’accélérer après la pause, la rencontre a changé de dimension.
CHERKI, CINQ MINUTES POUR PRENDRE LE MATCH
Rayan Cherki n’a pas seulement marqué deux fois. Il a donné l’impression que le rythme de la soirée dépendait soudain de lui. À la 54e minute, il a inscrit le deuxième but mancunien. Cinq minutes plus tard, il récidivait. Entre les deux, Palace avait pourtant réussi à se rapprocher grâce à un coup franc de Pino venu heurter la barre puis Donnarumma, crédité d’un but contre son camp. L’espace d’un instant, Selhurst Park avait retrouvé une raison d’y croire. Cherki l’a immédiatement réduite à presque rien. Ses chiffres résument une soirée d’une efficacité presque insolente : trois tirs, trois cadrés, trois dribbles réussis et deux buts en 82 minutes. Il y avait quelque chose de très simple dans sa manière de faire mal : aucune accumulation inutile, aucun besoin d’occuper chaque possession. Cherki a attendu les espaces, puis les a utilisés avant les autres. Dans un City déjà rempli de joueurs capables de décider d’un match, il a été celui qui l’a fait basculer.

PALACE A JOUÉ, CITY A MARQUÉ
C’est probablement ce qui rendra la soirée frustrante pour Pierre Sage. Crystal Palace n’a pas été totalement réduit au silence. Pino a trouvé la barre sur son coup franc, Mitchell a disposé d’une tête à bout portant qui aurait pu changer le rapport de forces, et les Eagles ont au moins cherché à poser des problèmes plutôt qu’à survivre. Mais le football ne conserve pas longtemps la mémoire des intentions lorsque les occasions disparaissent.
City, lui, n’a presque rien gaspillé. Les chiffres dessinent progressivement l’écart : 18 tirs et 9 cadrés pour les Mancuniens, contre 9 tentatives et une seule cadrée pour Palace. La différence fut surtout celle des deux surfaces. Palace a parfois réussi à construire ce qui ressemblait au début d’une occasion. Manchester City en a souvent fabriqué la fin. Et avec Foden, Cherki, Semenyo et Haaland réunis devant, chaque déséquilibre devient rapidement un problème trop grand pour être réparé.
POUR SAGE, LE SCORE EST PLUS DUR QUE LES INTENTIONS
Pourtant, Pierre Sage pourra probablement conserver certaines choses de cette soirée : la volonté de son équipe de ne pas renoncer au ballon, quelques séquences capables de déplacer City et cette possibilité, aperçue par moments, de lui faire mal. Mais il faudra rapidement que les promesses deviennent autre chose. Crystal Palace reste sans victoire sous son nouvel entraîneur, et il existe une frontière dangereuse entre une équipe intéressante et une équipe qui explique chaque semaine pourquoi elle aurait mérité davantage.
Haaland, lui, n’a pas eu besoin d’autant de considérations. Son deuxième but, à la 84ᵉ minute, a définitivement refermé une soirée qu’il avait lui-même ouverte. Avec deux buts pour le Norvégien et deux autres pour Cherki, City a transformé progressivement un match disputé en résultat presque écrasant. Pour Palace, il restera les intentions et quelques regrets. Pour Manchester City, trois points supplémentaires. Et pour Cherki, une de ces soirées où le talent cesse un instant d’être une promesse pour devenir simplement une évidence.
Palace avait réussi à poser ses questions. Cherki, lui, avait déjà trouvé les réponses.
Notre envoyé spécial