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Ligue 1 · Édito

OM : UN ÉQUILIBRE À PERTE ?

Marseille était entré dans l’été avec l’idée de renforcer l’équipe de Bruno Genesio. Il arrive au 31 août sans recrue et avec une priorité presque inverse : vendre, alléger la masse salariale et satisfaire les contraintes financières avant de pouvoir espérer ajouter quoi que ce soit. Au centre de cette drôle de fin de marché, Igor Paixão résume toutes les contradictions olympiennes : celui que l’entraîneur voudrait conserver est aussi celui dont le départ pourrait offrir le plus d’air aux comptes.

OM : UN ÉQUILIBRE À PERTE ?
Bruno Génésio, entraîneur de l'OM lors de la défaite marseillaise dimanche 30 août 2026 à Monaco.

Les mercatos servent normalement à corriger les faiblesses d’un effectif. Celui de Marseille aura surtout servi, jusqu’ici, à corriger celles de son bilan. Le constat est brutal parce qu’il tient en deux chiffres : environ 105 M€ de pertes sur l’exercice 2024-2025, et zéro recrue à quelques heures de la fermeture du marché. Entre les deux, la DNCG, les contraintes de l’UEFA, une masse salariale à réduire et cette réalité répétée publiquement par Grégory Lorenzi : plusieurs départs peuvent être nécessaires avant de rendre possible une seule arrivée.

L’OM ne se demande donc plus seulement quel joueur pourrait améliorer son équipe. Il doit d’abord savoir quel joueur il peut encore se permettre de payer. Pour Bruno Genesio, arrivé avec l’ambition de ramener Marseille vers l’Europe, la nuance est considérable. Un entraîneur peut accepter qu’un mercato ne lui offre pas toutes ses premières options. Il est plus difficile de travailler quand le marché ne lui garantit même pas que les joueurs qu’il possède aujourd’hui seront encore là demain.  

105 M€ DE PERTES, ET LE SPORTIF EST PASSÉ APRÈS

La situation financière de Marseille ne date évidemment pas du dernier week-end d’août. Mais c’est maintenant qu’elle devient visible dans chaque dossier. Le club doit réduire sa masse salariale, trouver des sorties et améliorer ses comptes avant de penser à se renforcer. La différence avec un mercato ordinaire est immense : une vente ne sert plus nécessairement à financer une arrivée. Elle peut simplement servir à rendre l’OM un peu plus conforme aux exigences qui lui sont imposées.

Lorenzi l’a expliqué sans entretenir beaucoup d’illusions : céder un joueur ne signifie pas automatiquement disposer ensuite de l’argent ou de l’autorisation nécessaires pour en recruter un autre. Voilà comment le marché se dérègle. Normalement, on vend pour remplacer. À Marseille, on peut désormais vendre simplement pour respirer. Les pistes existent pourtant, les besoins aussi, et le staff n’a évidemment pas attendu le mois d’août pour les identifier. Mais aucune liste de recrues potentielles ne peut contourner une règle budgétaire. Le directeur sportif peut négocier, Genesio peut réclamer, les agents peuvent patienter : tant que suffisamment d’espace n’aura pas été libéré, le mercato olympien restera une salle d’attente.

PAIXÃO, LE JOUEUR QU’ON VEUT GARDER PARCE QU’IL VAUT CHER

La situation financière de Marseille ne date évidemment pas du dernier week-end d’août. Mais c’est maintenant qu’elle devient visible dans chaque dossier. Le club doit réduire sa masse salariale, trouver des sorties et améliorer ses comptes avant de penser à se renforcer. La différence avec un mercato ordinaire est immense : une vente ne sert plus nécessairement à financer une arrivée. Elle peut simplement servir à rendre l’OM un peu plus conforme aux exigences qui lui sont imposées.

C’est pour cela que le dossier Igor Paixão a fini par prendre autant de place. Il contient presque toutes les contradictions de l’été marseillais. Genesio veut le garder. Lorenzi veut le garder. Les dirigeants ont publiquement répété leur volonté de le conserver. Les supporters eux-mêmes ont fait apparaître un « Fica Igor » sur la Corniche. Mais Paixão possède un défaut assez terrible dans le Marseille actuel : il vaut de l’argent. Sa valeur sportive pousse l’entraîneur à le retenir. Sa valeur marchande pousse forcément le club à écouter. Et c’est ainsi que l’un des joueurs dont Marseille aurait le plus besoin pour construire sa saison peut devenir l’un de ceux dont il aurait le plus besoin de se séparer pour construire son budget. Le dossier est d’autant plus sensible que les différentes informations de ces derniers jours ne racontent pas toujours exactement la même histoire. Sunderland est intéressé, certaines versions décrivent un club disposé à vendre, d’autres insistent sur la résistance du secteur sportif, et Genesio a lui-même rappelé que le joueur n’était pas parti. La seule certitude est peut-être celle-ci : si son avenir était purement sportif, il y aurait beaucoup moins de débat.

Arrivé à Marseille en 2020, le défenseur argentin Leonardo Balerdi est transféré en Italie à l'AS Rome dans le cadre d'un prêt assorti d'une option d'achat.

GENESIO N’AVAIT PAS SIGNÉ POUR ADMINISTRER LA PÉNURIE

Bruno Genesio a d’ailleurs commencé à dire publiquement ce que beaucoup d’entraîneurs préfèrent garder en interne. Il n’imaginait pas arriver à ce moment du mercato sans renfort et avec la possibilité de perdre l’un de ses meilleurs joueurs. La phrase est importante parce qu’elle pose déjà la question de sa responsabilité future. Un entraîneur de l’OM sera jugé sur ses résultats. C’est la règle du club, et elle ne sera pas suspendue parce que la DNCG apparaît dans les articles de mercato. Mais Genesio pourra légitimement rappeler qu’on lui demande de construire avec un groupe qui n’a pas été renforcé et qui peut encore être réduit. Il a également démenti les rumeurs faisant dépendre son propre avenir de celui de Paixão. C’était nécessaire. Cela ne signifie pas que tout soit simple. Car entre ce que souhaite l’entraîneur et ce que les finances permettent, une distance s’est installée. Et plus la fermeture du marché approche, plus elle devient visible.  

LORENZI ENTRE LE TERRAIN ET LES COMPTES

Bruno Genesio a d’ailleurs commencé à dire publiquement ce que beaucoup d’entraîneurs préfèrent garder en interne. Il n’imaginait pas arriver à ce moment du mercato sans renfort et avec la possibilité de perdre l’un de ses meilleurs joueurs. La phrase est importante parce qu’elle pose déjà la question de sa responsabilité future. Un entraîneur de l’OM sera jugé sur ses résultats. C’est la règle du club, et elle ne sera pas suspendue parce que la DNCG apparaît dans les articles de mercato. Mais Genesio pourra légitimement rappeler qu’on lui demande de construire avec un groupe qui n’a pas été renforcé et qui peut encore être réduit. Il a également démenti les rumeurs faisant dépendre son propre avenir de celui de Paixão. C’était nécessaire. Cela ne signifie pas que tout soit simple. Car entre ce que souhaite l’entraîneur et ce que les finances permettent, une distance s’est installée. Et plus la fermeture du marché approche, plus elle devient visible.  

Grégory Lorenzi l’ancien dirigeant du Stade Brestois arrive est arriver avec l'ambition de structurer durablement la politique sportive du club, dans un contexte économique complexe.

« Même si on vend un joueur, on n'aura pas le droit d'enregistrer une arrivée »

Grégory Lorenzi se retrouve, lui, chargé d’un métier dont la définition a presque été inversée. Un directeur sportif doit normalement convaincre des joueurs de venir. Celui de Marseille doit aussi convaincre certains de partir. Et les autres clubs connaissent parfaitement sa situation. C’est une faiblesse considérable dans une négociation. Quand un vendeur peut attendre, il choisit souvent son prix. Quand tout le marché sait qu’il doit dégager des liquidités et de la masse salariale, la patience change de camp. Voilà pourquoi la formule de Lorenzi sur les « plusieurs départs pour une arrivée » est probablement plus importante que n’importe quelle rumeur de transfert de ces derniers jours. Elle indique que le problème ne concerne plus un joueur. Il concerne la structure même du mercato marseillais. Une vente de Paixão ne règlerait pas nécessairement tout. Une autre pourrait être nécessaire. Puis une autre économie. Et seulement ensuite, peut-être, une recrue. L’OM ne cherche plus simplement un renfort. Il cherche l’espace financier dans lequel ce renfort pourrait exister.  

MCCOURT ET LA FRONTIÈRE ENTRE AMBITION ET POSSIBILITÉ

C’est là que le propriétaire revient nécessairement au centre du sujet. Depuis son arrivée, Frank McCourt a énormément financé l’OM, mais les pertes accumulées ont fini par modifier les règles du jeu. L’argent injecté hier ne dispense pas le club de retrouver aujourd’hui une trajectoire considérée comme soutenable par les organismes de contrôle. La frustration autour de son rôle vient de cette contradiction. Les supporters regardent l’effectif et réclament des renforts. Genesio regarde son groupe et aimerait le renforcer. Lorenzi regarde le marché et cherche des solutions. McCourt regarde aussi la capacité du club à payer tout cela. Aucune de ces préoccupations n’est absurde. Elles deviennent problématiques lorsqu’elles ne peuvent plus coexister.  

LE 1ER SEPTEMBRE FERMERA LE MARCHÉ, PAS LE DOSSIER

Quelques heures suffisent parfois à changer complètement le jugement porté sur un mercato. Un départ important peut être conclu. Une arrivée peut se débloquer dans la foulée. Paixão peut rester. Une opération inattendue peut offrir à Genesio un joueur qu’il n’espérait plus. Mais, quoi qu’il arrive dans les dernières heures, l’été 2026 aura déjà révélé quelque chose de plus profond sur Marseille. Le club est entré dans une période où la question n’est plus simplement de savoir combien il veut investir pour redevenir compétitif. Il doit d’abord déterminer combien de son présent il est prêt à sacrifier pour retrouver un avenir financier plus confortable. Et cette équation ne disparaîtra pas au coup de sifflet final du mercato.  

On reconnaît souvent l’ambition d’un club à ceux qu’il recrute. Parfois, on mesure surtout ses limites à ceux qu’il n’a plus les moyens de retenir.

Notre envoyé spécial