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Ligue des champions · Analyse

LYON N’AURA ÉTÉ LION QUE TROP TARD

Une semaine après avoir ramené d’Istanbul un nul qui avait ouvert tous les possibles, l’OL a laissé Fenerbahçe lui reprendre son rêve de Ligue des champions au Groupama Stadium (1-2). Deux buts encaissés en quatre minutes, un réveil trop tardif et deux buts refusés ont donné à cette élimination la forme la plus cruelle qui soit : celle d’un soir où Lyon aura commencé à rugir une fois qu’il était déjà presque trop tard.

LYON N’AURA ÉTÉ LION QUE TROP TARD
Loïs Openda, impuissant au coup de sifflet final après la défaite 2-1 de l’Olympique Lyonnais à domicile face à Fenerbahçe, qui prive Lyon d’une qualification en Ligue des champions. © Photo de Photo by BSR Agency

Il y avait eu, à Istanbul, quelque chose qui ressemblait à une promesse. Lyon avait résisté, marqué, souffert sans rompre, et laissé derrière lui cette impression que le retour lui appartiendrait peut-être un peu davantage parce qu’il se jouerait chez lui.

Mercredi, le Groupama Stadium attendait donc une confirmation. Il a reçu une gifle. Fenerbahçe n’a pas attendu que Lyon entre vraiment dans sa soirée. Les Turcs ont d’abord averti, avec une tête dangereuse d’Archie Brown puis une frappe d’Aydın sur la barre, avant de frapper deux fois. Vedat Muriqi à la 24ᵉ minute. Brown quatre minutes plus tard, sur corner. En quatre minutes, le match avait changé de propriétaire. L’OL, lui, avait surtout donné l’impression de regarder passer l’orage avant de comprendre qu’il était déjà trempé.  

Le contraste avec l’aller fut brutal. À Istanbul, Lyon avait su absorber. À Décines, il a semblé surpris par l’intensité qu’il savait pourtant venir. Les duels furent turcs, les seconds ballons aussi, et le marquage lyonnais trop lâche au moment où il aurait fallu défendre chaque mètre comme s’il contenait déjà une partie de la qualification.

À la pause, le rêve européen ne ressemblait déjà plus beaucoup à un projet. 

FOFANA A RALLUMÉ CE QUI RESTAIT

Alors Malick Fofana est apparu. À la 61e minute, le Belge a ramené Lyon dans le match d’une volée du gauche et, pendant quelques secondes, tout ce que le stade avait perdu est revenu : le bruit, l’espoir, la possibilité d’un renversement. Il y eut même cette impression étrange que l’histoire pouvait encore changer de direction. Mais elle avait choisi son camp. Lyon a vu deux buts refusés au cours de cette seconde période, dont celui d’Openda signalé hors-jeu. Et c’est peut-être là que la soirée est devenue plus douloureuse encore. Non pas parce que l’OL aurait nécessairement mérité de se qualifier, mais parce qu’il s’est soudain mis à ressembler à l’équipe qu’on avait attendue dès le coup d’envoi.

Trop tard. Il existe des éliminations où l’on comprend immédiatement que l’adversaire était trop fort. Celle-ci laissera probablement davantage de questions. Pourquoi avoir attendu d’être presque condamné pour accélérer ? Pourquoi avoir laissé Fenerbahçe installer aussi facilement son agressivité dans les premières minutes ? Pourquoi avoir offert à un barrage aussi serré quatre minutes aussi mauvaises ? Les regrets vivent souvent dans cet espace-là : entre ce qu’une équipe a montré et le moment où elle a décidé de le montrer.

LA LIGUE DES CHAMPIONS S’ÉLOIGNE, ET PAS SEULEMENT SUR LE TERRAIN

Le coup est évidemment sportif. Lyon ne retrouvera pas la Ligue des champions et poursuivra son parcours européen en Ligue Europa. Il est aussi financier. Le dossier rappelle que la seule participation à la phase de ligue de C1 représente 18,62 millions d’euros, auxquels auraient pu s’ajouter les primes de résultats et les revenus liés au classement et aux droits européens. L’enjeu global pouvait approcher les 50 millions d’euros.

Mais mercredi soir, ce ne sont probablement pas les colonnes d’un budget que les supporters lyonnais avaient en tête. Ils avaient surtout vu passer une occasion. Une de celles qui reviennent rarement exactement sous la même forme. Lyon avait quitté Istanbul en ayant appris qu’il pouvait tenir tête au Fenerbahçe. Il quitte Décines avec une leçon beaucoup plus dure : en Ligue des champions, savoir qu’on peut rivaliser ne sert à rien si l’on attend d’être presque éliminé pour le prouver.

Le plus cruel n’est pas que Lyon ait fini par perdre. C’est qu’il ait fini par comprendre comment ne pas perdre. Fofana avait réveillé le stade, les buts refusés avaient transformé chaque ballon en promesse, et l’OL avait enfin retrouvé de l’intensité, des courses, des duels, du désordre offensif. Tout ce qui avait manqué plus tôt apparaissait enfin. Mais trop tard. L’Europe ne laisse pas de seconde chance aux minutes gaspillées. Lyon a fini par montrer qu’il pouvait inquiéter Fenerbahçe. Le problème, c’est qu’au moment où il l’a prouvé, il n’avait déjà presque plus le droit à l’erreur.  

LES NOTES DU MATCH

Greif 6/10

Il aura longtemps retardé ce qui menaçait Lyon. Plusieurs interventions propres, quelques sorties rassurantes, et presque aucune responsabilité directe sur les deux buts encaissés à bout portant. Dans une soirée où sa défense s’est parfois effacée devant lui, Greif aura au moins évité que le naufrage ne prenne davantage d’eau.

Maitland-Niles 5.5/10

Une première période trop fragile, souvent en retard dans les zones où Fenerbahçe avait décidé d’appuyer. Puis cette passe qui offre à Fofana le but de l’espoir et lui redonne un peu de relief. Il aura fini mieux qu’il n’avait commencé, mais Lyon avait déjà payé trop cher son début de soirée.

Kluivert 4/10

Il devait apporter de la sérénité dans une soirée qui réclamait précisément cela. Il n’y est jamais vraiment parvenu. Trop de duels perdus, trop de situations subies, et cette impression de toujours devoir défendre un temps après l’action. Une soirée sans autorité.

Niakhaté 4/10

Le patron de la défense n’a pas réussi à être le patron du match. Muriqi a pesé, les centres turcs ont trouvé des zones dangereuses, et l’OL a encaissé deux fois en quatre minutes sans que sa ligne arrière ne parvienne à reprendre le contrôle. Niakhaté n’est pas le seul coupable, mais il devait être celui qui empêche la panique de s’installer.

Abner 4/10

Beaucoup de courses, peu de maîtrise. Il a tenté d’accompagner les mouvements offensifs, mais son couloir a trop souvent donné l’impression d’être un espace à défendre après coup. Une activité réelle, mais trop peu de contrôle dans un match où chaque déséquilibre pouvait coûter très cher.

Tessmann 4.5/10

Propre par séquences, mais trop discret dans les moments où Lyon avait besoin d’un milieu capable de remettre de l’ordre. Il a joué sans vraiment imprimer le rythme, et le match s’est parfois déroulé autour de lui. Dans ce type de soirée, la neutralité ressemble vite à une absence.

Morton 5/10

Il a essayé de donner des solutions, de casser une ligne, de remettre le ballon dans le bon sens. Sans retrouver l’influence qu’il avait pu avoir quelques jours plus tôt. Son match n’est pas mauvais, mais il manque de poids, et Lyon avait justement besoin de joueurs capables d’en avoir davantage.

Tolisso 5/10

Il a beaucoup voulu, parfois trop. Présent pour demander le ballon, tenter d’accélérer, pousser les siens plus haut, mais sans réussir à imposer son autorité au moment où le match basculait. Le capitaine a essayé de remettre Lyon debout. Il n’a pas réussi à l’empêcher de tomber.

Nuamah 4/10

De la vitesse, quelques intentions, mais trop peu de danger réel. Il a rarement réussi à transformer ses prises de balle en situations qui obligent réellement Fenerbahçe à reculer. Une soirée où l’on attendait de lui qu’il dérègle quelque chose ; il n’a jamais vraiment trouvé la faille.

Openda 5,5/10

Il a couru, insisté, attaqué la profondeur, cherché ce but qui aurait pu changer toute la soirée. Il a même cru le trouver avant que le hors-jeu ne le lui retire. Son activité mérite mieux que le résultat, mais dans une soirée d’élimination, un avant-centre reste aussi jugé sur ce qu’il laisse au tableau d’affichage.

Fofana 8/10

Le seul, peut-être, à avoir réussi à faire croire que tout pouvait encore basculer. Son but remet le stade debout, ses accélérations rendent enfin Fenerbahçe inconfortable, et chaque prise de balle semble apporter un peu de ce qui avait manqué auparavant : de la colère, de la vitesse, de l’urgence. Le problème est qu’il a réveillé Lyon lorsque Lyon avait déjà trop dormi.

Paulo Fonseca 4,5/10

Le contraste avec Istanbul est difficile à défendre. Une semaine plus tôt, son équipe avait donné l’impression de savoir exactement quoi faire. Au retour, elle a perdu ses distances, son agressivité et une partie de sa lucidité au moment où le barrage réclamait précisément l’inverse. Fonseca n’a pas trouvé assez vite la réponse au premier temps fort turc, et les deux buts encaissés en quatre minutes ont ensuite condamné Lyon à courir après le match. Les changements ont apporté davantage d’élan, mais trop tard pour effacer les erreurs de départ. Dans une soirée où l’OL devait maîtriser son destin, son entraîneur a surtout subi le scénario avant d’essayer de le corriger.

L’EUROPE CONTINUERA

Lyon n’aura pourtant pas longtemps pour contempler ce qui vient de lui échapper. Dès ce jeudi 27 août à 18 heures, à Monaco, le PSG, Lens et Lille connaîtront leurs huit adversaires de la phase de ligue de Ligue des champions. L’OL regardera ce tirage depuis l’autre côté de la porte qu’il espérait encore franchir quelques heures plus tôt.

Son rendez-vous viendra vingt-quatre heures plus tard. Vendredi à 13 heures, toujours à Monaco, Lyon découvrira son calendrier européen en Europa League, où il rejoindra Marseille et Rennes. La compétition débutera les 16 et 17 septembre, et le calendrier détaillé devra être publié au plus tard le 30 août.

Ce sera encore l’Europe, encore des soirées à attendre, encore un trophée à poursuivre. Mais ce ne sera pas celle que Lyon avait regardée droit dans les yeux pendant quatre semaines. Vendredi, les boules tourneront de nouveau à Monaco. Et quelque part parmi elles, l’OL retrouvera son nom, avec ce petit supplément de regret réservé à ceux qui savent qu’il aurait pu être tiré ailleurs.

À force d’attendre le bon moment, Lyon l’a laissé passer.

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