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Premier League · Analyse

Liverpool comme un air de déjà-vu

À Anfield, les fantômes rôdent, et ce nouveau nul (2-2) des Reds à domicile n’est clairement pas de nature à dissiper les doutes qui continuent de hanter une équipe encore condamnée à courir après le score. Et si l’exorcisme avait fini par venir d’Isak ? Enfin buteur, le Suédois aura pourtant traversé la rencontre comme une ombre, presque absent du jeu, comme si son but devait soudain faire oublier tout le reste.

Liverpool comme un air de déjà-vu
LIVERPOOL, ANGLETERRE – 29 AOÛT : Alexander Isak, joueur de Liverpool, lors du match de Premier League face à Nottingham Forest, à Anfield.

Liverpool n'a toujours pas appris la leçon.

Une fois de plus, Liverpool a été dans la réaction plutôt que dans l’action. Les Reds avaient pourtant été avertis dès la 11ᵉ minute, lorsque Ndoye remit de la tête un centre vers Igor Jesus, sauvé de justesse par un Jérémie Jacquet très sollicité cet après-midi. Le jeune Français aura d’ailleurs été, avec Alisson, Wirtz et Muñoz, l’une des rares éclaircies du onze de départ d’Iraola. Mais Liverpool aura attendu de concéder l’ouverture du score de Ndoye, à la 24ᵉ minute, pour enfin commencer à jouer. Pourtant, Anfield ne demandait qu’à s’enflammer après le bel hommage rendu à Kevin Keegan. L’ancien grand buteur des Reds aurait sans doute fait beaucoup de bien à une attaque de Liverpool qui, elle, semblait avoir oublié comment faire peur.

Quand Isak joue, Liverpool semble évoluer à 10 contre 11.

Les coups du sort n’allaient pas tarder à s’en mêler. À la 32ᵉ minute, Liverpool pense avoir enfin trouvé la brèche après une récupération haute de Wirtz, prolongée par Frimpong. Le Néerlandais sert l’Allemand, qui égalise, mais le drapeau finit par se lever : Nottingham est sauvé par le hors-jeu et la VAR. Six minutes plus tard, Wirtz est encore au cœur de la seule véritable séquence offensive des Reds, reprenant dans la surface un centre de Cody Gakpo, mais Sels sort une parade superbe pour maintenir Forest devant.

Et Liverpool manque aussitôt de payer, encore, son déséquilibre. Sur une longue transversale de Nottingham, Ola Aina réussit un contrôle magnifique dans sa course, élimine Muñoz d’un crochet derrière la jambe d’appui et glisse dans la surface un ballon qui ressemble à une offrande. Ndoye n’a plus qu’à conclure, mais Alisson se trouve sur la trajectoire et sauve miraculeusement les siens. À la pause, le constat est presque aussi pauvre que le contenu : Isak n’a touché que six ballons en quarante-cinq minutes, pour une contribution offensive proche du néant. Mais réduire cette stérilité au seul Suédois serait trop facile. C’est tout le onze d’Iraola qui, avec le ballon, aura produit beaucoup trop peu pour une équipe censée imposer sa loi à Anfield.

LIVERPOOL, ANGLETERRE 29 AOÛT : Alisson Becker et Virgil van Dijk contestent auprès de l’arbitre Samuel Barrott sa décision d’accorder un penalty à Nottingham Forest lors du match de Premier League à Anfield.

Un autre visage mais toujours des regrets

Les Reds se montrent davantage créatifs au retour des vestiaires. Sur une combinaison côté droit, Gakpo adresse un centre tendu à ras de terre vers Isak, qui surgit au second poteau pour égaliser. Un but qui sauve déjà une pâle copie, sans vraiment la rendre meilleure. Puis survient l’un des scénarios les plus absurdes de cette seconde période. Liverpool s’apprête à effectuer trois changements, mais l’arbitre assistant les empêche d’entrer en jeu en raison d’un problème de panneau. Une première fois, puis une seconde. Le jeu continue.

Les Reds attendent toujours leurs remplaçants, Nottingham joue rapidement une touche côté gauche. Jacquet est pris de vitesse, Neco Williams se présente face à Alisson et, après avoir manqué son lob, s’écroule dans la surface. M. Barrott désigne le point de penalty sur une décision pour le moins litigieuse. Morgan Gibbs-White ne tremble pas et remet Forest devant. Liverpool venait à peine de se relever qu’il devait déjà recommencer à courir après le score. Il faudra attendre la 82ᵉ minute pour que Wirtz trouve enfin Muñoz dans la surface. Contrôle orienté, frappe puissante légèrement déviée : l’Espagnol égalise et évite à Anfield une défaite qui aurait encore alourdi les questions autour de ce Liverpool. Les Reds sauvent les meubles. Pas la face.

L'homme du match 7/10

Jérémie Jacquet donne déjà l’impression de jouer à Liverpool depuis toujours. Pourtant, l’ancien Rennais ne disputait que son deuxième match officiel sous les couleurs des Reds. Impressionnant dans les duels, juste dans ses interventions et étonnamment serein dans une défense souvent exposée, le jeune Français semble déjà prendre de l’épaisseur dans la hiérarchie des centraux d’Iraola. Il restera malgré tout cette action du penalty, généreux ou non, qui devra lui servir de leçon. Sur une touche rapidement jouée par Delap, Jacquet tarde à se replacer, presque trop relâché, et laisse le ballon lui passer dans le dos. Williams s’échappe, Alisson intervient et Liverpool concède le penalty. Une erreur de jeunesse dans un match qui en aura pourtant montré très peu. Jusque-là, le portier des Reds pouvait légitimement prétendre au titre d’homme du match, aux côtés de Wirtz. Jacquet obtient ce titre honorifique mais devra apprendre vite, car ce Liverpool semble plus que jamais avoir besoin de maturité dans son jeu.

ET SI LE PROBLÈME ÉTAIT D’ABORD DANS LES TÊTES ?

À force de chercher ce qui manque à Liverpool dans le jeu, on finit peut-être par regarder au mauvais endroit. Les qualités sont là. Elles sautent même parfois aux yeux : Wirtz peut inventer, Muñoz peut déséquilibrer, Isak peut finir, Van Dijk reste un repère et Alisson continue de sauver ce qui doit l’être. Pourtant, ce Liverpool donne trop souvent l’impression de devoir recevoir un coup avant de commencer à boxer. La saison 2025-2026 avait déjà laissé cette sensation étrange d’une équipe capable de séquences de très haut niveau, mais beaucoup moins à l’aise lorsqu’il fallait contrôler ses émotions, tuer un match ou simplement continuer à jouer de la même manière après un événement contraire. Et ce 2-2 contre Nottingham ressemble presque à un résumé miniature du problème : Liverpool concède, réagit, égalise, se dérègle de nouveau, puis doit encore courir après ce qu’il venait à peine de récupérer.

Ce n’est donc peut-être plus seulement une question de système, de profils ou de qualité technique. C’est aussi une question de stabilité intérieure. Une équipe qui doute joue souvent une seconde trop tard, hésite sur des choix simples, force des passes qu’elle ne tenterait pas autrement et transforme le moindre incident en début de panique. À Anfield, le penalty litigieux, les changements retardés ou le but refusé peuvent servir d’explications. Ils ne peuvent pas devenir des excuses à chaque fois. Le paradoxe est là : Liverpool possède largement assez de talent pour éviter ce genre de scénario, mais semble parfois avoir besoin de le subir pour enfin retrouver son intensité. Comme si l’urgence lui convenait davantage que la maîtrise. Et c’est peut-être là que se situe le vrai chantier d’Iraola. Pas seulement apprendre à son équipe à mieux attaquer un bloc bas ou à mieux défendre une transition. Lui apprendre à ne plus attendre d’être en danger pour commencer à jouer.

On peut manquer une passe, un duel ou une occasion. Le plus difficile reste parfois de ne pas manquer de certitudes.

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