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Ligue 1 · Édito

L’OM A LES AMBITIONS, PAS ENCORE LES ARMES

Marseille pourra toujours regarder ses 65 % de possession pour se convaincre qu’il a joué. Le problème est qu’à Monaco, dimanche soir, il n’a presque jamais donné l’impression de pouvoir gagner. Battu 2-0 par une ASM plus claire, plus tranchante et surtout beaucoup plus sûre de ce qu’elle voulait faire, l’OM a laissé apparaître un manque plus profond qu’une mauvaise soirée : celui d’une équipe dont les ambitions semblent, pour l’instant, courir plus vite que ses moyens.

L’OM A LES AMBITIONS, PAS ENCORE LES ARMES
Les joueurs de l'OM au coup de sifflet final lors de la défaite 2-0 contre Monaco comptant pour la 2eme journée au Stade Louis II.

Le plus préoccupant pour Marseille n’est peut-être pas d’avoir perdu à Monaco. C’est que Monaco n’a presque jamais eu besoin de lui prendre le ballon pour lui prendre le match. L’ASM a accepté de défendre davantage, de patienter et de laisser les Olympiens occuper des zones où leur possession devenait progressivement inoffensive. Puis elle a frappé lorsque le jeu lui en a donné l’occasion, avec cette simplicité que possèdent les équipes qui savent exactement ce qu’elles cherchent.

Paris Brunner n’a attendu que treize minutes. Golovin a trouvé l’Allemand et Monaco a ouvert le score. Marseille avait désormais le ballon et un but à remonter, combinaison qui aurait dû accélérer sa soirée. Elle l’a surtout rendue plus visible : l’OM circulait, Monaco menaçait. Et quand Brunner a inscrit son deuxième but, huit minutes après la reprise, il n’a pas seulement donné deux longueurs d’avance à l’ASM. Il a matérialisé tout ce qui séparait les deux attaques ce soir-là : vitesse de décision, capacité d’élimination et froideur devant le but.

26 CENTRES, TROIS ARRIVÉS : LE CHIFFRE D’UNE IMPUISSANCE

Il faut parfois se méfier de la possession, surtout lorsqu’elle devient un refuge statistique. Marseille a terminé avec environ 65 % du ballon et 591 passes réussies. Il a également tenté vingt-six centres. Seulement trois sont arrivés à destination. Le problème était presque tout entier dans ces chiffres. L’OM n’a pas manqué de ballon, il a manqué de solutions. Le jeu s’est étiré sans vraiment s’accélérer, les espaces intérieurs sont restés difficiles à atteindre et, à mesure que Monaco fermait l’axe, Marseille s’est mis à chercher sur les côtés une réponse qu’il ne trouvait plus ailleurs. Ce n’était pas une équipe étouffée. C’était parfois plus gênant encore : une équipe autorisée à jouer parce que son adversaire ne craignait pas suffisamment ce qu’elle faisait du ballon. Les changements effectués à la pause ont bien apporté quelques minutes plus vivantes et Keyliane Abdallah a rapidement donné un peu de mouvement à l’ensemble. Mais Brunner a marqué à la 53e minute, et cette réaction a été étouffée avant même d’avoir véritablement commencé.

BRUNNER A FAIT EN DEUX ACTIONS CE QUE MARSEILLE A CHERCHÉ PENDANT UNE SOIRÉE

Paris Brunner, vingt ans, n’avait encore jamais marqué en Ligue 1. Il est reparti de Louis-II avec deux buts. Son match a eu quelque chose de presque vexant pour Marseille tant l’Allemand a eu besoin de peu pour produire beaucoup. Un déplacement et une tête sur le premier. De l’espace, de l’audace et une finition du gauche sur le second. Deux buts sur ses premières véritables occasions pour rappeler qu’en football la qualité d’une attaque se mesure encore rarement au nombre de ballons qu’elle touche. L’OM aura passé la rencontre à construire des situations. Brunner les a terminées. Ce contraste est d’autant plus frappant que Monaco n’a terminé qu’avec 35 % de possession. Mais l’ASM a cadré davantage et produit un xG supérieur à celui de Marseille, 1,49 contre 1,22. La possession disait où se trouvait le ballon. Les occasions disaient où se trouvait le danger.

Paris Brunner a mystifié la défense marseillaise et, à lui tout seul, a semblé exposer les failles plus que criantes d'une défense marseillaise sous oxygène.

CAMARA ET ZAKARIA N’ONT JAMAIS LAISSÉ LE MILIEU S’OUVRIR

Il serait pourtant trop simple de réduire cette victoire au seul Brunner. Monaco a surtout offert à son attaquant un match dans lequel il pouvait faire ce qu’il fait le mieux parce que, derrière lui, l’équipe ne s’est presque jamais désunie. Filipe Luís a accepté de céder le terrain et construit autour de Camara et Zakaria une équipe compacte, beaucoup plus intéressée par la maîtrise des espaces que par celle du ballon. Lamine Camara a terminé avec 50 passes réussies sur 53 et neuf récupérations. Monaco a remporté 54 % des duels et réalisé douze interceptions, contre trois seulement pour Marseille. Il y avait là une autre différence entre les deux équipes.

Monaco donnait l’impression de défendre ensemble. Marseille, lorsqu’il perdait le ballon, donnait parfois l’impression de découvrir au même instant qu’il allait devoir défendre. Kondogbia en a particulièrement souffert. Brunner l’a mis en difficulté, notamment sur le deuxième but, avant que l’ancien Monégasque ne quitte la rencontre sur blessure. Mais là encore, s’arrêter à une performance individuelle particulièrement mauvaise permettrait presque au collectif de s’en sortir à trop bon compte. Les espaces étaient trop importants, le pressing trop peu coordonné, et Monaco pouvait régulièrement transformer une récupération en course vers le but marseillais.

GENESIO PEUT CHANGER LES HOMMES, PAS ENCORE LA NATURE DU PROBLÈME

Bruno Genesio pourra naturellement rappeler que nous ne sommes qu’à la deuxième journée. Il aura raison. Une saison ne se juge pas le 30 août et une équipe encore en construction possède le droit d’être imparfaite. Mais certaines rencontres posent des questions avant que l’on ait prévu de se les poser. Celle-ci en fait partie. Parce que Marseille n’a pas simplement été battu par une meilleure efficacité monégasque. Il a été confronté à ses limites lorsque le match lui demandait un joueur capable de faire quelque chose que le système n’avait pas prévu : éliminer, accélérer, casser une ligne, inventer une passe ou transformer une possession quelconque en véritable occasion.

Genesio peut déplacer des joueurs, modifier une animation et chercher de meilleurs équilibres. Il ne peut pas inventer du talent là où son équipe en manque momentanément. Monaco, lui, possède déjà quelques certitudes. Deux matches, deux victoires, six points et la tête du Championnat : cela ne garantit évidemment rien, mais cela permet au moins à Filipe Luís de travailler avec une idée confirmée par les résultats. Pour Marseille, le début de saison raconte autre chose. Le projet est ambitieux, le discours aussi, et personne ne contestera ce que représente encore ce club dans une Ligue 1 qui a besoin de lui tout en haut. Mais entre ce que l’OM souhaite devenir et ce qu’il est aujourd’hui, Monaco vient de rappeler qu’il existe encore une distance. 

Les projets se construisent avec des idées. Les ambitions, elles, finissent toujours par réclamer des joueurs.

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