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L’OL EST-IL VRAIMENT PRÊT ?

Battu à Prague (2-1) après être passé complètement à côté, puis métamorphosé au retour (3-0) en retrouvant largeur, vitesse et agressivité, l’OL a montré deux visages en une semaine. Mardi à Istanbul, face à un Fenerbahçe beaucoup mieux armé, Lyon devra prouver que sa transformation n’était pas seulement une réaction d’orgueil à domicile.

L’OL EST-IL VRAIMENT PRÊT ?
Corentin TOLISSO, joueur de l'Olympique lyonnais, lors de la signature du renouvellement de son contrat au Stade Pierre-Guérin, le 8 juillet 2026, à Mâcon, France. © Photo : Stéphane Pillaud/Icon Sport

TOLISSO PLUS QU'UN CAPITAINE.

À Prague, Corentin Tolisso avait regardé son penalty disparaître au-dessus de la transversale. Trois minutes plus tard, Lyon était mené. Une semaine après, à Décines, c’est encore de son pied qu’est partie l’action de l’ouverture du score : frappe repoussée, Ernest Nuamah surgit, 1-0. Deux gestes du même capitaine, deux OL qui semblaient ne plus appartenir à la même équipe. Entre les deux rencontres, Lyon n’a pas seulement changé quelques joueurs. Il a changé sa manière d’occuper le terrain.

ENTRE INCOHÉRENCE ET PERFORMANCE.

À l’aller, l’OL avait progressivement reculé jusqu’à s’enfermer lui-même. La défense à trois voulue par Paulo Fonseca n’expliquait pas tout : le véritable problème était la distance entre les lignes. Plus Lyon reculait, plus Loïs Openda se retrouvait seul, condamné à recevoir loin du but ou à poursuivre des ballons sans soutien. Les récupérations n’étaient plus le début d’une attaque mais presque un moyen de respirer. Le Sparta pouvait avancer ; Lyon, lui, attendait. Et lorsque Tolisso a manqué son penalty à la 66e minute, avant que John Mercado ne marque trois minutes plus tard, cette passivité a fini par se payer au tableau d’affichage.  

Une semaine plus tard, le terrain s’est soudain agrandi pour les Lyonnais et rétréci pour le Sparta. Nuamah et Fofana sont revenus dans le onze, Openda a retrouvé des courses dans la profondeur et le milieu s’est rapproché de ses attaquants. Le premier but résume cette nouvelle attitude : Tolisso frappe, le gardien repousse et Nuamah est déjà dans la surface pour terminer. Cette fois, Lyon ne demandait plus au match de lui offrir une occasion. Il allait la chercher. L’expulsion d’Adam Sevinsky à la 34e minute a évidemment facilité la suite, mais elle n’explique pas tout : au moment du carton rouge, l’OL mène déjà et contrôle la rencontre depuis le premier quart d’heure.   

ISTANBUL, TURQUIE : Vue d’ensemble de l’intérieur du stade avant le premier match des barrages des huitièmes de finale de l’UEFA Europa Conference League entre Fenerbahçe et le Slavia Prague, le 17 février 2022 à Istanbul, en Turquie. © (Photo: Alexander Scheuber - UEFA)

ISTANBUL, LE VRAI TEST

C’est pour cela que le Fenerbahçe en dira davantage sur cet OL que le Sparta. À Décines, Lyon avait retrouvé de l’espace, du mouvement et, assez vite, une supériorité numérique. Istanbul ne lui promet rien de tout cela. Le Fener n’a encaissé qu’un but en quatre matches européens et Talisca en a déjà marqué quatre. Autour de lui, il y a assez d’expérience, de talent et de joueurs ayant connu les grands rendez-vous pour punir une équipe qui hésiterait. Le danger lyonnais est presque facile à imaginer. Le stade gronde, les noms d’en face impressionnent, et l’équipe recule d’abord de cinq mètres, puis de cinq autres. Openda s’éloigne du milieu, les ailiers reçoivent dos au jeu, les sorties deviennent de plus en plus longues. Sans même s’en apercevoir, Lyon peut redevenir celui de Prague. Son premier adversaire, mardi, sera peut-être cette tentation-là.

Il faudra peut-être oublier un instant la possession. On peut avoir le ballon et subir le match, ou en avoir moins et décider malgré tout de l’endroit où il se joue. Mardi, un indicateur dira beaucoup plus : la distance entre Corentin Tolisso et Loïs Openda. Si le capitaine passe sa soirée trente ou quarante mètres derrière son avant-centre, quelque chose aura probablement mal tourné. Openda sera seul, Nuamah et Fofana condamnés à recevoir trop bas, et Lyon aura recommencé à couper son équipe en deux. Si Tolisso parvient au contraire à rester suffisamment proche de ses attaquants, l’OL pourra conserver cette continuité qui avait tout changé au retour contre le Sparta. Il faudra parfois reculer, évidemment. Istanbul ne se traverse pas en pressant comme un dératé pendant quatre-vingt-dix minutes. Mais défendre bas est une décision tactique. Reculer parce qu’on a peur est autre chose.

ET SI LE BRUIT CHANGEAIT DE CAMP ?

Istanbul fera du bruit. Beaucoup. Mais les décibels n’appartiennent jamais complètement à celui qui les produit. Fenerbahçe attend de retrouver la grande Ligue des champions depuis 2008. Lyon depuis 2019. Les deux équipes avancent donc vers ce barrage avec leurs ambitions, mais aussi avec le poids de leurs années d’absence. Les premières minutes compteront énormément. Si Fenerbahçe marque vite, le stade pourra porter son équipe comme une vague. Mais si Lyon résiste, calme les premières accélérations et installe le doute, quelque chose peut progressivement se retourner. Une passe ratée sera davantage commentée. Un contrôle manqué fera monter les murmures. Le temps commencera alors à travailler pour les visiteurs. L’OL ne devra pas seulement résister à l’atmosphère d’Istanbul. Il peut aussi essayer de la rendre inconfortable pour ceux qui l’ont créée.

IMPOSÉ SON STYLE

En une semaine, le Sparta aura finalement montré deux choses à Lyon. À Prague, ce qu’une équipe finit par perdre lorsqu’elle attend trop longtemps. À Décines, tout ce qu’elle peut provoquer lorsqu’elle décide d’avancer ensemble. Istanbul constitue désormais l’étape suivante. L’OL n’y cherchera pas seulement un résultat avant le retour. Il cherchera une confirmation. Car il reste à savoir si Lyon a trouvé une manière de jouer, ou simplement une manière de gagner un soir.

Lyon doit de nouveau rugir en Europe et, avant de rêver des plus grandes affiches sur le vieux continent, Lugdunum devra d'abord mettre le cap sur Constantinople.

Rédigé par Thomas Giroud